Récit de 1ères bulles en mer par Jean-Philippe

4H50 : Le réveil sonne. La nuit a été courte. Peu importe. Aujourd’hui, c’est le grand jour : on descend sous les 10 mètres ! Pendant que la cafetière chauffe, j’ouvre les volets et constate un brouillard épais. Aïe, faudrait pas être en retard à Tain…

5H45 : Tout le monde arrive dans les temps. On charge le matériel dans les voitures, et comme prévu, à 6H15, le convoi démarre vers Marseille. Le brouillard reste collé à l’autoroute et complique la conduite des chauffeurs, mais on arrive à l’heure à la Vesse. Le soleil a fini par percer, le cadre est magnifique, la température déjà agréable, il ne manque que les cigales !

9H00 : Un deuxième club nous a rejoints. On est plus de 20 à s’équiper, à s’agiter, à chercher sa paire de palmes ou de chaussons. Tout ça dans la rigolade… surtout chez les habitués. Car nous, les 4 PN1, on est certes pris dans le mouvement, sans plus avoir le temps de cogiter, mais on garde présents, quelque part dans notre tête, le stress et l’appréhension (on va sous 10 mètres d’eau bon sang !). On embarque à quelques pas du local. La mer est calme, le bateau arrive assez rapidement sur le site de plongée. Je vois l’ancre partir au fond de l’eau, entraînant avec elle une chaîne qui n’en finit plus de se dérouler. A ce moment, je réalise qu’il y a 10, 15, 20 mètres ou plus sous l’embarcation ! Je n’écoute que d’une oreille les consignes de sécurité du Directeur de Plongée : je me repose entièrement sur Daniel, mon guide de palanquée… qui vient de m’annoncer qu’on fera 2 exercices (vider le masque et enlever/remettre le détendeur) dès qu’on touchera les 10 mètres ! Tout ça après avoir fait une bascule arrière (j’étais absent à l’entraînement !) pour la mise à l’eau. Ce coup-ci, le stress n’est plus quelque part dans la tête ; il est bien là, aussi palpable que les centaines de mètres cubes qui nous attendent !

Après trois grands coups de respiration (suivis de trois autres grands coups… et encore deux… allez quoi, faut y aller !), la bascule se passe bien. La descente également, même si on a eu un peu de mal à s’arracher de la surface : l’effet ventouse, dont on nous a parlé, dans les premiers mètres, est réel. Les palmes se posent à 10 mètres. Je sens la pression de l’eau. Il va falloir faire les exercices. Je me dis que je suis à 10 mètres sous l’eau, que c’est déjà bien, mais que je dois me compliquer la vie à remplir mon masque… Les exercices sont réussis, on peut commencer à explorer le site. La tension, après 5 grosses minutes, redescend et je commence à apprécier. Je reste près de Sylvie, mon binôme ; on échange des coups d’œil régulièrement. L’eau est très claire, il y a une excellente visibilité. J’aperçois à quelques mètres, une palanquée passer… je vois la hauteur d’eau qui la sépare de la surface, et je réalise que je suis dans la même situation ! Ah oui, quand même, 10 mètres, c’est pas rien ! J’ai mal remis mon masque après l’exercice, et de l’eau s’infiltre à nouveau : je dois le vider, toutes les 2 ou 3 minutes. Mais ça ne gâche pas le plaisir, le geste devient presque routinier. Valérie me montre son ordinateur, accroché à son poignet : je lis 15,6. Je me dis que ce doit être la température. Effectivement, l’eau est bonne ! Mais déjà mon bloc commence à rentrer dans le rouge : il faut remonter. On s’accroche à la chaîne du bateau, et lentement, on part vers la surface. La sensation est étonnante, il y a comme des bulles qui sortent de mes oreilles ! On remonte, avec un grand sourire, sur le bateau. Valérie nous dit que nous sommes descendus à 16 mètres (sur son ordinateur, il s’agissait de mètres et pas de degrés !). Rapidement, les autres plongeurs reviennent. Katia et Olivier sont enchantés : cette première plongée est une réussite. Le retour au local se fait dans la bonne humeur… et un petit mal de mer pour Katia.

12H00 : Pose casse-croûte, au soleil, près du bateau. On apprécie le cadre, le calme… et la sieste qui s’impose en douceur.

14H00 : Départ pour la deuxième plongée. Katia préfère rester au local : les émotions du matin lui suffisent pour cette première journée en mer. Pendant le transport du matériel vers le bateau, un bloc tombe du chariot et casse un flexible d’un détendeur. La « fautive » (une plongeuse de l’autre club) …fait la gueule ; cela ne me contrarie aucunement -il doit me rester quelques bulles d’azote dans le sang, qui produisent un effet euphorisant !

La plongée, malgré des soucis de stabilisation, est beaucoup plus sereine que celle du matin : j’apprécie vraiment, dans toute la durée. On explore les fonds marins, sécurisés par nos encadrants. Daniel montre avec insistance un rocher. Je regarde sans trop comprendre et finit par apercevoir un bon gros poulpe (au moins aussi impressionnant que le monstre de Jules Verne !), caché par quelques petits cailloux et du sable. Je ne m’approche pas trop : j’ai promis à mes enfants de faire attention aux requins, je ne vais quand même pas manquer de vigilance devant des tentacules… Plus loin des étoiles de mer, une rascasse, une murène, un congre. La flore, de couleur bleu gris, sous la lumière naturelle, révèle des couleurs beaucoup plus flashies avec l’éclairage d’une lampe. Olivier sera enthousiasmé par l’exploration d’une petite épave. Je reste pour ma part concentré sur ma technique : j’essaie de minimiser mes gestes, pour économiser de l’air, mais c’est pire : je perds encore plus l’équilibre et fais le yo-yo sur 1 ou 2 mètres. Du coup, je retombe dans la réserve après 30 minutes de plongée : il faut remonter.

17H30 : Après un passage à la douche, un nettoyage et une remise du matériel dans les sacs, suivis d’un petit ver de thé, on remonte dans les voitures, direction Tain.

20H00 : On pose les stabs et les détendeurs au club. Cette première journée en mer s’achève. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Tiens, à la radio, ils annoncent une alerte orange pour le début de la semaine…