Plongées de Juillet sur « Gabinator » par J.P

On est parti un mercredi à quatre du C.S.T.T bien décidés à passer une bonne journée à Pointe Rouge. Pour ma part, je savais déjà que je ne remonterai pas à Tournon, en tout cas pas tout de suite.

 

Le matin, Fred de l’Atelier de la mer nous a déposé sur la Pierre à Cassis, ce n’est pas loin de la Grotte à Perez, et nous fera un peu d’histoire avant que nous sondions. C’est là, un peu sur le coté nous explique-t-il, qu’il y a longtemps, Cousteau a sorti ses premières amphores. Depuis, c’est devenu une zone interdite, dès que l’on passe la pointe.

Par contre en dessous il y a un tombant beau comme ça ! Fred nous y limite à la zone des 50 mètres pour ceux qui en ont les prérogatives. Nous, c’est avec Valérie qu’on les a les prérogatives.

Le mouillage a un peu glissé, il est déjà à 24 mètres et du coup on est un peu étonnée de ne pas trouver le plateau qu’on avait prévu de partager avec Laurent T et Fabrice pour les laisser dès leurs 40 planchés.

On est un peu fébriles quand même et cela va se sentir dans l’hésitation du départ. Comme si on attendait tous quelque chose sans savoir quoi. Pour finir, Lolo en donne le top, faut pas qu’on traine trop quand même.

On est vite sur la langue de sable claire, typé polynésienne, qui lie le plateau au tombant. L’architecture rocheuse est très belle, la lumière aussi. Le tombant est étroit et dévale dans un beau spectacle de gorgones.

On est bien, la lumière baisse doucement, le bruit de nos bulles sourd de plus en plus, il fait bon… C’est Valérie qui sonne l’arrêt, on est déjà à 53 mètres. Elle me fait signe. Pourtant le décor invite encore à le suivre vers plus bas, comme un chant de sirène pourtant muet. Il faut se faire douleur et renoncer.

Ca va trop vite, « frustamment » on est déjà arrivés sous le bec d’aigle claquant 13 mètres au dessus de nous et qui indique le chemin du retour.

Vaincu par la raison, on remonte. Pour la déco, on va se laisser aller vers la zone interdite, sans la dépasser. C’est là qu’est le spectacle pour glisser vos paliers nous a dit Fred.

Un Saint Pierre et une mostelle aussi exhibitionniste qu’un mérou de la Gabinière se partagent le point de rendez-vous. Ca nous console un peu d’avoir dû remonter.

 

L’après-midi, le même Fred pour résister aux demandes Libanaises de Valérie va nous gâter d’un superbe tour des Moyades. Un caillou comblé. Après une descente à 30 métres des plus sympathique, on passe sous un gros bloc et le 360 se termine par une succession de hauts plateaux habités par une multitude. Poulpes, dentis, girelles paon, ou pas, son groupe de mérous et autres murènes se partagent les lieux. Une très bonne fin de journée.

 

Le lendemain, c’est solitaire que je me présente à la Tour Fondue. Je sais que ce ne sont pas les plus sympathiques, Emmanuela de Marseille partageant la palanquée du jour avec Franck d’Amsterdam l’a constaté elle aussi. L’ambiance sur le bateau finira par se détendre après les 45 minutes de route pour atteindre la Gabinière (ils ne rigolent pas mais ils assurent sur les destinations, c’est pour ça qu’on y va). Par contre, il y a trop de jus pour la dérivante coté est. On se refugie dans la grande anse à l’ouest cadrée par les violants courants qui cernent l’ilot. Emmanuella est en reprise après un an sans bulles, le DP nous laisse 30 mètres et cinquante cinq minutes pour jouer.

Après quelques minutes d’évolution, on va être entourrés par les grands vieux, les fines jouvencelles et les juvéniles. Ils sont tous présents. Trente années de protection par le parc naturel et les conditions météo du jour ont concentré là toutes la population de mérous de la Gabinière. Ils sont tous plus familiers les uns que les autres. Pendant que tu en regarde deux d’un coté, un troisième jaloux vient se poster de l’autre, à une petite brassée de ton masque et c’est tous surpris d’avoir un compagnon si proche qu’il s’est interposé dans la palanquée que nous allons évoluer pendant une heure. Avec eux, les autres. Bécunes, corbs, de très gros sards tambour et des dentis dont un avec un trophée d’holothurie trop grand pour qu’il puisse le mettre complétement dans son bec et qu’il exhibera durant tout notre chemin de retour jusqu’au bateau.

Pleins les yeux.                    photo Gabinière - copie (photo d’Emmanuella)

 

Programme du lendemain matin : Le Donator. Quand je vous dis qu’ils assurent sur les destinations.

Là je plonge avec un autre Franck, de Chalon celui-ci. Il vient là depuis 20 ans et nous briffe la plongée en maitre des lieux.

Les conditions se révélent pas loin de l’idéale. A part le jus de surface qui va nous jeter un peu fort contre la balise de départ et nous poussera à précipiter notre descente, nous pourrons respecter le programme de notre guide. On a une bonne lumière et les fiels courants profonds ne sont pas de mise.

On arrive sur l’arrière de l’épave. Cela fait soixante dix ans qu’elle est posée droit sur sa quille sur un fond de sable uniforme. L’âge de la maturité parfaite qui en fait un magnifique récif fleuri de 78 mètres de long, 12 de large et 20 de haut. On file vers l’hélice à 51 mètres, le petit plus de Franck est de passer sous la bête, tête en l’air, la robinetterie dans le sable et de se ravir du spectacle des bulles dans les gorgonnes. Ce ne sera qu’un début, c’est complet. L’épave a des dimensions de rêve qui la fond appréhendable dans sa presque totalité. La végétation qui la pare d’une robe magnifique foisonnant de formes et de couleurs lutte de beauté avec la faune. Dans le désert marin où elle repose la merveille abrite une densité de poisson telle qu’elle vous transporte dans ce que j’imagine des mers chaudes.

Elle laisse sans voix une fois remonté sur le bateau, même après avoir dériver longuement au palier, pendu au parachute dans le bleu… pour revenir.