On vous dira ou la suite des WE Codep PN4

On vous dira que rester devant la cheminée d’où le bois crépite c’est de saison ou que papouiller le matin au lit pris dans les délicieuses fragrances de sa belle endormie c’est humain ou encore que notre rythme biologique exige de l’hibernation, quelque soit sa forme, on vous dira…

Et il y a la toxicomanie, l’addiction, ou je ne sais quelle assuétude perverse qui vous pousse vers des penchants (parfois très incliné la suite le montrera) des plus incompréhensibles parfois proche du déraisonnable.

Je ne vais pas vous faire le détail des techniques des IPD, 800, RSE et autres Guidage de ces foutus moniteurs qui n’en font qu’à leur tête et nous pousse dans nos limites sans plus aucun ménagement ni répit. Cela pour pas vous lasser mais aussi par pudeur. C’est parfois intime ce qui ce passe dans ces moments là.

On devait quand même faire un peu pitié ce WE du 8 février à La Madrage. Les rares chalands ayant osé braver les foudres d’Eole s’en sont vu bloqué leur crédulité de nous voir partir et, pour les plus chanceux, revenir sur notre gonflable tout de jaune paré.

Si les surfeurs étaient matinaux, le grand frais n’est pas venu tout de suite. Ca c’est levé progressivement mais sans détour, bien franc. Au début ça nous a même aidé pour le 800, on a fait fondre les chronos. Et puis, c’est devenu chahuteur. Durant la traversée ça a sauté, valsé, tapé et petit à petit on a commencé à avoir du mal à se tenir. Les crêtes sont catapultantes, les blocs reprennent une certaine liberté dans les racks. Deux ou trois se sont recouché et c’est quand on s’est aperçu que même si on pouvait lâcher ce à quoi on s’accroche fort pour aller les remettre en place, qu’il est évident qu’ils sont bien mieux là où ils sont, qu’on comprend que la journée est particulière. (Antonietta et Gabriele n’ont rien à voir là dedans, encore que ?)

La suite va nous le confirmer. Nous plongeons l’après-midi prêt de la Balise. La mer est devenue étrange, elle est paradoxalement plus ronde, les crêtes sont moins marquées mais l’ambiance oppresse. Elle paraît sur une colère mal retenue. A peine la dernière palanquée sur le bateau, la belle va nous en dévoiler une parcelle sous forme de deux énormes lames déferlantes, du genre qui font plus penser à un immeuble de trois étages qu’à un cabanon de la Vesse. Là, juste au dessus de la vierge (qu’on a commencé à prier avec conviction) d’où on devait tous sortir si nos RSE ne nous avaient pas fait dériver dans la passe de l’ile Verte.

Ce n’est pas malheureux que nous avons repris la navigation du retour. Manu notre pilote malgré son petit air gentiment polynésien est grave aux commandes. Il devra éviter un surfeur mal embouché trainant dans le chenal à l’étroite entré du port. Et pendant que par des gestes sobres et concis il exprime son juste courroux à l’imprudent, une, qu’on pourrait qualifier de scélérate se présente après avoir sauté avec une facilité déconcertante au dessus de la digue tribord. Cela vous donne une idée de sa dimension et de sa détermination. Quand Manu la voit c’est trop tard pour l’éviter. Il va falloir faire avec son humeur chagrine qui est d’autant plus contrariante qu’on se la prend en plein travers et qu’elle n’a qu’une envie, nous faire tâter la minéralité de la digue bâbord qui est tout prêt.

On est trop loin de la vierge pour y déposer le siège le plus modeste ou une quelconque offrande. Cela nous laisse bien marris, il ne nous reste plus qu’à nous repasser le douloureux film de notre vie qu’on trouve déjà trop courte, pendant que Manu, prestement, envoi les gaz. Même si les 450 chevaux des moteurs paraissent d’une puissance des plus dérisoires comparée à celle dont dispose la vague et que le degré d’inconfort sur le zodiac va de paire avec celui de son inclinaison qui augmente de façon que, même encore à l’heure où j’écris je ne trouve pas, mais alors pas du tout raisonnable… on passe. Le voiler mouillé aux premières loges dans le port va en casser ses amarres de nous voir y arriver.

C’est tout de même un peu chavirés que l’on va ramasser le matériel épart au fond du gonflable et déposer le tout à Azur Plongée pour remettre ça le lendemain ; qui sera certes beaucoup plus calme mais dont la dîme sera un froid à vous faire renoncer à finir sa RSE dans le calme et la sérénité.

Galère pourrait-on penser ? Et ben non. Même comme ça elle est toujours aussi attirante la mer.

On n’a pas vu grand chose, on a fait des montagnes russes et du yoyo, on a eu assez peur pour entrevoir notre spiritualité enfouie sous des années de stupres et de mécréantisme et on n’a qu’une envie : y retourner ; déjà en manque…

JP